25.12.16

Eloge de la fatigue

"L'homme quitta la pension le lendemain matin. Il y avait un ciel étrange, de ceux qui courent vite, pressés d'être à la maison. Le vent du nord soufflait, fort mais aussi sans faire du bruit. L'homme aimait bien marcher. Il prit sa valise et son sac rempli de papiers, et il prit la route qui s'en allait, longeant la mer. Il marchait vite, sans se retourner. Il ne la vit donc pas, la pension Almayer, se détacher du sol et se désagréger, légère, partir en mille morceaux,  qui étaient comme des voiles et qui montaient dans l'air, descendaient, remontaient, volaient, et avec eux emportaient tout, loin, et aussi cette terre, et cette mer, et les mots et les histoires, tout, dieu sait où, personne ne sait, un jour peut-être quelqu'un sera tellement fatigué qu'il le découvrira."

Alessandro Baricco, in Océan Mer, ed. Folio